Dessins de Francisque Poulbot ( 1879 - 1946 )
...le père des fameux "Poulbots" , est lui aussi très engagé et met en scène ses gosses de Montmartre

Commentaire d' Adolphe Brisson , Rédacteur en Chef de la revue "Les Annales" dans le n° 1828 du 7 Juillet 1918

Poulbot est un des historiens de la guerre, et non le moins sincère, le moins pathétique. Il l'a montrée sous un aspect poignant; son crayon en a décrit les ravages et les deuils. Tandis que le papa peine dans la tranchée, l'enfant vagabonde dans la rue; il sait vaguement ce qui se passe, il le devine, il répète les parole qui se crient ou se murmurent; il se fait du grand drame une image ingénue et pittoresque. Le long des rampes de la Butte, il joue au soldat; il se fabrique avec des hardes chipées au logis un uniforme de quatre sous. Un bout de torchon, un manche à balai, c'est le drapeau. Un trou au chapeau, une carotte, c'est le casque à pointe du Kaiser. Le tuyau de poële traîné par une ficelle, c'est notre 75 victorieux. Gavroche polissonne et s'amuse; ses instincts militaires s'éveillent; il s'improvise général en chef; il commande, réprimande, fait pivoter ses troupes, dirige la manoeuvre, enfonce l'ennemi, hurle la Marseillaise. Et comme il est né spirituel, il a des mots étonnants: "Sans c'te chameau de concierge, on gagnait la bataille! " Si sa maman le menace d'une gifle, il se jette à genoux, lève les deux mains; "Kamarad! Kamarad!" Il est rieur mais affectueux; ses lettres gauchement tracées, jointes chaque semaine à l'envoi de la ménagère, arrachent des larmes d'attendrissement au poilu. Il se bat, lui aussi, à sa façon.