Le Rire Rouge (1914-1918)
... un puissant antidote à la sinistrose
Le Rire paraît depuis 1893 .C'est une revue hebdomadaire, comme il n'en existe plus malheureusement, où les dessinateurs et humoristes de talent traitaient à la fois de l'actualité et des légéretés de la société. Aujourd'hui encore, le lecteur n'est pas insensible à l'humour et à l'esprit de cette publication et passe de bons moments en sa compagnie. Il paraît le samedi sur 12 pages. Il coûte 20 centimes. La une et la dernière de couverture sont en couleurs et confiées à des dessinateurs de renom
Les hostilités vont bien sûr imposer en 1914 un changement de ton qui se traduira par un changement de titre, le Rire devenant Rire Rouge .Si la langue française ne connaît jusque là que l'expression "rire jaune" qui indique un désappointement, "Rouge" évoque probablement à la fois le sang versé et le sang nourricier signe de vitalité...
.Les pages intérieures fourmillent de dessins en noir et blanc et de courts articles humoristiques ou satiriques . Ci -contre l'article qui en page 2 du 1er numéro présente la nouvelle mouture de la publication et énumère des noms où l'on note ceux de collaborateurs de longue date déjà omniprésents dans les numéros d'avant guerre comme Abel Faivre , Leandre ou Metivet.
Les premières couvertures de Willette et Léandre sacrifient à la mode des allégories faciles à décoder: Le Père la Victoire, le Généralissime, inspire confiance et sérénité tandis que le coq gaulois plume l'aigle impérial...
En contrepoint , on souligne les échecs de l'ennemi et le Kaiser est logiquement éreinté , voire parfois férocement attaqué - ce qui est en fait rare chez les caricaturistes de l'époque - sur son infirmité.

Guillaume II aura d'ailleurs régulièrement les "honneurs" de la Une du Rire Rouge où lui est promis un avenir à la mesure de ses erreurs et de ses crimes ...

 

Leandre se fera encore les dents , la victoire venue , sur le Kaiser qui a troqué le casque à pointe pour le casque romain sous l'oeil d'un Aigle squelettique et littéralement plumé .

Lorsque le Kaiser n'est pas explicitement visé, c'est le Reich ou la Germania qui sont ridiculisés , voire avilis , présentés sous un aspect bestial ou factice.

 

Autres cibles ,l'entourage du Kaiser et le Kronprinz (le Clown-Prince) , l'Armée ennemie impuissante et défaite ...
... ou encore les politiciens , l'agence Wolff , coupable de diffuser de fausses nouvelles.
Pour alterner , on appréciera la collaboration de Poulbot et la fraîcheur de ses dessins .Remarquons l'originalité de celui du 13 Mai 1916 où le garçonnet n'a rien du petit Montmartrois traditionnel ...

Notons encore que si le Rire Rouge a du choisir l'austérité d'une ligne éditoriale de circonstance , le naturel revient vite au galop et que le ton frivole ...

... reste bien présent dans des sujets où la tradition gauloise reprend le dessus comme dans ces dessins d' Abel Faivre, Albert Guillaume ou Mirande .