Les Annales ( 1883-1934)
... Revue Universelle Illustrée Hebdomadaire

Les Annales ont été lancées en 1883 par le père de l'écrivain Adolphe Brisson qui en est le Directeur et Rédacteur en chef pendant la Grande Guerre.

Elles paraissent, semble-t-il, en deux versions, dont une de Luxe. Les exemplaires qui sont ma possession proviennent manifestement de l'édition ordinaire dont le support papier est de qualité médiocre. Certains n°s comportent malgré tout quelques pages imprimées sur papier glacé qui donnent une idée de ce que pouvait être l' Edition de Luxe.

 

La revue est au format 32x24 pour 32 pages dont souvent 6 d'annonces publicitaires. Son prix passe de 25 à 30 centimes en Décembre 1916.

Le siège est au 51 rue St-Georges, donc non loin de celui de l'Illustration de la Famille Baschet avec laquelle les Brisson sont liés.

Le Sommaire du n° de Noel 1916 montre que beaucoup de célébrités collaborent aux Annales: poètes,écrivains, humoristes, historiens, personnalités politiques...

EmileVerhaeren- Poulbot -Jean Aicard- Henri Lavedan- Georges Courteline- Abbé Wetterlé- Edouard Herriot- Ernest Lavisse- Henriot...

Le dessinateur Rapeno a le privilège d'illustrer bon nombre de "Unes" comme cette évocation colorée de la guerre sous marine ....

... ou ce dessin sanguinolant qui évoque ceux de Paul Iribé.
La plupart des Unes sont moins violentes. Une grande économie de couleurs et un dessin sobre caractérisent cette évocation apaisée du temps des moissons.

Beaucoup d'optimisme aussi pour la Rentrée des Classes et ce duo jovial au pas alerte.

"Tu es l'avenir, ton grand frère se bat ".

 

Au Jardin des Tuileries Géo Conrad croque un grand blessé très entouré qui reprend goût à la vie

Leven Lemonier imagine une célébration quelque peu surréaliste du 14 juillet dans les tranchées.
Là il souligne la grande disponibilité de l' infirmière, l'une des rares femmes au contact du militaire, toujours à l'écoute du blessé. Mais on est ici manifestement très loin des réalités du front où on ne porte pas d'escarpins vernis.

Maurice Barrès, qui a été député de Lorraine, donne ici sa vision des évènements du début de la guerre et occulte le déroulement réel des opérations, la défaillance de certaines troupes et la reculade du Général Castelnau après la bataille de Morhange. On sait que Castelnau - contrairement à sa réputation de vainqueur du Grand Couronné - était sur le point de se replier sur Toul les 20 et 21 Août et donc à sacrifier Nancy quand Joffre lui a ordonné de résister sur cette position décisive..

Maurice Barrès n'était sans doute pas au courant du détail du déroulement véritable des opérations mais ne pouvait ignorer l'affaire Gervais et Messimy ( défaillance du 15e Corps rendue publique malgré la censure ) dont il ne souffle mot.

Voici en médaillon l'une des rares photos de l'Alsacien Zislin au coeur d'un autre article de Maurice Barrès où il affirme le rôle civilisateur des Latins et la certitude d'assimiler les Rhénans une fois la Prusse vaincue.
Les Annales publient les lettres visionnaires du Colonel Driant à son épouse ( la dernière est datée de la veille du début de l'offensive) et l' hymne de Théodore Botrel aux chasseurs de Driant.
Poulbot et le P'tit Quinquin... réfugié à Montmartre .
Les Annales publient beaucoup de publicités, qui prêtent souvent à sourire. Celle-ci a la particularité de proposer un dessin de Poulbot en pleine page.

Nous relèverons encore une curiosité dans les Echos de la Guerre, le courrier des lecteurs des Annales. Il est avéré que la superstition joue un rôle dans le mental des combattants. Dans le n° du 10 Septembre 1916 un lecteur pose la question suivante:

"Je crois que c'est dans un numéro de votre estimable revue qu'il a été question du swastik, signe cabalistique le plus ancien du monde entier, qui porte chance.

Les soldats anglais le dessinent sur leurs tentes. Ne pourriez-vous en donner un croquis simplifié dans le journal..."

 

Voici la contribution d'un autre lecteur à ce débat sur la "zwastika" qui n'est pas encore le sinistre emblême que l'on sait: le courrier suggère que les combattants lui auraient donné un statut de porte bonheur. En réalité si l'on considère l'orientation des branches le croquis représente bel et bien une croix gammée comme celle des nazis, inscrite dans un cercle de gauche à droite. Adolf aurait-il découvert ce symbole aryen dans les tranchées ?