Le Miroir
...paie à n'importe quel prix les documents photographiques relatifs à la guerre, présentant un intérêt particulier

 

Avec l'Illustration, le Miroir est sans conteste le journal que les Français ont eu le souci de conserver.

Le format est de 23,5 sur 33,5 pour 16 pages. Le n° est vendu 25 centimes.

Le Miroir a la particularité de paraître le Dimanche, comme les suppléments Ilustrés de certains quotidiens. Mais si on considère la numérotation, il est permis de penser qu'il devait être plutôt mensuel au départ. Il a sans doute vu ses ventes augmenter avec le déclenchement de la guerre .

Les premiers numéros de guerre ont une connotation relativement paisible. Le numéro du 13 septembre montre des prisonniers ou blessés allemands, somme toute bien débonnaires et bien éloignés de l'idée qu'on peut se faire des "soudards du Kaiser" (cf: la légende de la photo). On identifiera les gardiens français grace à leurs bandes molletieres, les allemands ont pour la plupart conservé leurs bottes.
Le Miroir fait les honneurs de la Une du 20 Septembre aux troupes coloniales, les " Indigènes de 14", sans doute soldats de l'Armée Maunoury ...
... dont il souligne la fidélité dans son numéro du 30 Mai 1915.

Le Miroir ne propose qu'une page de texte, la page 3 consacrée aux communiqués de Guerre et aux opérations. Dans le n° du 6 Septembre l'accent est mis sur l'Union Sacrée et rend hommage au patriote alsacien Wetterle.

Rares sont les dessins publiés par Le Miroir. L'aquarelle ( numéro du 20 Septembre 14) signée Carrey salue à sa manière l'arrivée de la nouvelle arme. Ce dessinateur visionnaire anticipe un évènement qui ne se produira que le 5 Octobre 1914 : la première victoire aérienne homologuée de l'histoire .Même si des essais avaient été faits avant la guerre, les appareils de reconnaissance (c'était la mission première de l'aviation ), peu puissants et trop lents n'étaient pas équipés de ce matériel encore peu efficace (chargeur de 40 coups maximum).
L'hebdomadaire publie essentiellement des photos accompagnées de légendes où domine le bourrage de crânes. Le procédé est simple: il faut tourner l'ennemi en dérision ....
Ici on souligne le patriotisme des enfants de Thann...
Mais le thème le plus facile à illustrer reste celui des villes en ruines ou les dommages infligés à des monuments emblématiques comme ici la Cathédrale de Reims
La mention " Le Miroir paie à n'importe quel prix les documents photographiques relatifs à la guerre, présentant un intérêt particulier" ne fait son apparition qu'en Octobre 1914. Cette trouvaille fera le succès du journal qui publiera à profusion des photos provenant des cantonnements de repos ou de réserve et des clichés volés du front, autant de témoignages de la vie des combattants.
Comparées au prix du journal vendu 25c, les dotations annoncées représentent à l'évidence une fortune pour les lauréats du Concours Permanent ...
Plus tard, avec l'enlisement du conflit et la férocité des combats livrés dans les tranchées, le Miroir ne manquera jamais de photos sensationnelles et terrifiantes. Si l'horreur est devenue le quotidien du soldat, qui pour survivre doit relativiser ce qu'il voit, la photo parvient encore à émouvoir le lecteur de l'arrière. Tout celà avec la relative bienveillance de la censure qui veillait evidemment au grain. Comment peut-on imaginer un seul instant que ces photos parviennent à échapper au triple crible de la censure postale, de la censure militaire et celle imposée aux journaux ?
Le Miroir ne se prive pas de dénoncer la falsification par trop criante de documents par l'ennemi ... Mais il serait facile de trouver dans ses propres pages des documents tout aussi "bidonnés" ou dont la légende tendancieuse transfigure la réalité. C'est la loi du genre .
Quelle confiance peut-on accorder par exemple à cette juxtaposition bien suspecte de clichés ?

Les lecteurs contemporains ne pouvaient certes pas y regarder d'aussi près. L'hebdomadaire tirait en tout cas à un million d'exemplaires à la fin de la guerre contre

300 000 en 14 et les Années de Guerre ont été bien vendues plus tard sous reliures. Rien d'étonnant donc d'en trouver régulièrement des collections bien conservées sur les vide-grenier.