A la Baïonnette (1915) puis La Baïonnette (1915-1919)
... "familiale et de bon ton ", "une revue très complète de la presse comique française et étrangère"

Le titre reprend celui d'un journal satirique et humoristique déjà présent en 1900 comme l'atteste cette publicité parue dans le n° 278 du 3 Mars 1900 du Rire .

A la Baïonnette paraît début 1915 au format 22 x 31 .sur 16 pages . Jusqu'au numéro 15 inclus , c'est manifestement l'affaire d'un homme seul - Henriot - l'auteur bien connu des croquis de l'Illustration - qui signe ici la quasi totalité des dessins.Son nom figure à la Une : rédacteur en chef :Henriot .Cette mention disparaîtra avec le 16e numéro.L'édition est soignée , le papier de bonne qualité et les couleurs attrayantes.On remarquera le logo vermillon dont la dynamique évoque le mouvement caractéristique de cette sinistre arme blanche ...

La Baïonnette surnommée "Rosalie" par les Poilus" est bien sür le symbole de combats farouches au corps à corps .Elle est ici magnifiée par Théodore Botrel dans ce chant de bivouac illustré par Ray Ordner .

Le journal ne fera on le devine aucune concession et prendra sa place dans le combat pour la Patrie

Henriot - qui est surtout connu pour ses croquis en noir et blanc - propose ici des dessins soignés en couleurs pleine page comme dans ce numéro du 15 Mai 1915 où il ironise sur l"espionomanie"....

-eh bougri,qu'il y a des gens qui chont bêtes, fouchtra !... chou préexte que j'ai un achent étranger, il y en a qui me prennent pour un echpion.

 

 

ou encore sa contribution au thème récurrent des prisonniers allemands affamés mais heureux d'en avoir fini avec cette sale guerre.
Mais Henriot publie aussi des " bandes dessinées " comme celle - ci où il dénonce l'hégémonie , l'expansionnisme et finalement la " bêtise " des Allemands qui ont déclenché une Guerre où ils vont tout perdre.
Pour bien enfoncer le clou , le Kaiser est accusé de mégalomanie

et on s'en prend volontiers au Kronprinz représenté ici dans son uniforme de hussard de la Mort .

 

"A La Baïonnette" emprunte volontiers aux journaux étrangers , y compris aux publications allemandes , ce qui lui confère un intérêt supplémentaire . Voici ici un dessin du Daily Express évoquant les raids de Zeppelins sur Londres.

Au fil des numéros , Henriot s'entoure de quelques collaborateurs comme Ray Ordner dont l ' humour décapant ne se dément jamais..

 

... et qui fait souvent la Une.

Le 3 Juillet 1915 , "A la Baïonnette" annonce " cinq numéros spéciaux "et une nouvelle mouture qui réunira beaucoup de dessinateurs de renom .On va s'en donner à coeur joie et éreinter "le Kaiser rouge " , le Clownprinz" , "l'Empereur Gaga"

Ainsi "A LA BAIONNETTE" aura groupé dans ces cinq numéros , pour le plus grand plaisir de ses lecteurs, les meilleurs artistes français , ceux dont le talent contribue à confirmer cette idée dans le monde entier que, si le peuple français est le plus courageux, c'est aussi le plus spirituel. Et n'est ce pas là tout le programme d'un journal intitulé : "A LA BAIONNETTE" ?

 

 

Les améliorations annoncées ne seront malheureusement pas réelles . Le tournant semble se situer entre le 19 Août et le 26 Août 1915 où l'on hésite encore sur le titre à donner à la nouvelle publication .Exemple le n° 8 (Nouvelle série) qui a un titre en lettres droites , alors que les pages intérieures portent encore l'ancien titre "A la Baïonnette" ..., sans doute des pages qui devaient être initialement publiées dans la première série.

Il est évident que la"LA BAÏONNETTE" , dans sa nouvelle version , subit les conséquences de la pénurie ...Nouveau format,papier médiocre,moins de couleurs...Désormais chaque numéro sera consacré à un thème fédérateur qui permet de rassembler de nombreux dessinateurs .Des numéros spéciaux sont par exemple sous-titrés :"Leurs espions, nos poilus , les pépères, les loustics, les profiteurs, nos prisonniers, nos chauffeurs, les toubibs, les filleuls..."

La qualité est bien inégale malgré quelques couvertures aux portraits expressifs .

Le sinistre numéro spécial du 13 Avril 1916 n'est certainement pas à la hauteur de la réputation de Paul Iribé

Voici encore deux couvertures interessantes.

 

La Baïonnette continuera de paraître après les hostilités et comme le proclame le n° 191 du 27 Février 1919 , elle "a fait rire le sphinx d'Egypte " et "ne compte plus ,parmi ses lecteurs ,de neurasthéniques.Elle les a tous guéris ".