J'ai vu... ( 1914-1918)
..."le récit régulier des faits de guerre et d'actualité"

Le premier numéro de J'ai vu.. paraît le 1914 au format 22 x 31 .sur 16 pages .

C'est une production de l' Edition Française Illustrée, comme la Baïonnette ... La pub ci-contre souligne bien cette parenté .

Au fil des numéros , J'ai vu... souffre manifestement progressivement du manque de papier de qualité et ne peut proposer que des photos monochromes peu attrayantes, noires, grises, bistres ou verdâtres.

 

Cependant,comme le Miroir , J'ai vu ... achète des documents inédits de la guerre et de l'actualité. On notera sur sur numéro spécial consacré à la Guerre en Mer que le budget consacré est de 52000 F annuels ... De fait, bon nombre de photos présentées présentent une certaine originalité et constituent une base documentaire interessante.Mais on restera prudent : malgré l'honnêteté des correspondants occasionnels ,on ne peut s'empêcher de penser à la censure qui n'autorise que la publication de documents dûment validés et agréés, mais non nécessairement authentiques.

 

 

Les Unes sont souvent le résultat de montages bien réalisés , comme celle du 17 février 1917 qui oppose le Président Wilson et le Kaiser : "Le professeur de droit donne une leçon au chef des reitres".
Celle du 31 Juillet 1915 présente un "instantané inattendu" du généralissime : "Le Général Joffre au bouquet", débonnaire et rassurant. On comparera ci-dessous avec le sort fait à son homologue allemand...

Si la photo est neutre - on trouvera la même dans les journaux allemands - la légende de ce montage est caricaturale et exécute littéralement le Maréchal Hindenburg , la nouvelle idole du peuple allemand ...

Certaines photos ,retouchées ou truquées grossièrement, ne peuvent abuser personne: Ainsi "ces innombrables bouteilles qu'un boy-scout classe avec méthode [et qui] représentent , pour six mois, la consommation d'un officier allemand fait prisonnier à Loos ..."
J'ai vu... ne publie malheureusement que peu de dessins ou de caricatures , logique si on pense que la Baïonnette est éditée par la même maison. Quelques rares dessins expressifs viennent pourtant suppléer le manque de photos lors d'évènements particulièrement spectaculaires ou tragiques, comme ici après le bombardement de Paris par les Gothas dans la nuit du 30 au 31 janvier 1918.

J'ai vu... rend par contre hommage sur une double page centrale à l'humoriste Abel Faivre connu entre autres pour ses célèbres affiches des emprunts 1915 et 1916.

En étudiant les visages de nos riches contemporains,ce portraitiste observateur ne fut pas sans noter les tares physiques, et mêmes morales, de ses modèles; et il est devenu tout naturellement un caricaturiste souriant et terrible. Certaines de ses satires d'avant-guerre sont restées célèbres par leur amère puissance.sa production actuelle, fortifiée encore par le tragique des évènements, atteint la perfection. Ne nous y trompons pas: la portée de ses caricatures dépasse singulièrement leur apparence. Entre les rides ou le tic des personnages, à peine grotesques mais effrayants, et la phrase presque insignifiante mais monumentale qu'ils prononcent, il y a une corrélation à la fois discrète et aigüe. L'effet final saisissant est obtenu à l'aide de moyens tout naturels, d'une simplicité redoutable. C'est d'un art définitif. Au reste, M.Abel Faivre ne se contente pas d'agir par l'ironie: il ne néglige pas le symbole, et ses deux affiches de l'Emprunt celle du Coq et celle du Poilu, resteront, comme ses caricatures.

Terminons par un clin d'oeil aux actuels amateurs de Tennis .... qui ignoraient certainement que leur discipline a beaucoup contribué à la formation des combattants ...

Le tennis , exercice de guerre. C'est un sport! Mais la guerre n'est-elle pas le plus complet des sports? Et ne sont ce pas les sportifs qui l'ont , au dire des grands chefs, le mieux pratiqué ? Aussi les soldats américains ont-ils fait, outre le tennis, de bons exercices d'entraînement à la guerre, et nul des fervents de ce jeu, qui développe à la fois les muscles et la volonté, n'en sera surpris .

J'ai vu... n°139 du 14 Juillet 1917