Excelsior ( 1910 - ... )
"Le plus court croquis m'en dit plus qu'un long rapport" (Napoléon)

Excelsior paraît depuis 1910. A l'origine il est au grand format de 38,5 sur 55, puis il passe à 28,5 sur 37,5 format qui reste peu commode à scanner....Il est vendu 10 centimes pour 16 pages en Noir et Blanc.

Le titre évoque le Style Art Nouveau .Le sous-titre est explicite: Excelsior est un Journal Illustré Quotidien généraliste aux nombreuses rubriques " Informations -Littérature -Sciences -Arts- Sports- Théatres - Elégances"

On y trouve de fait de tout, de l'article de fond à la rubrique des faits divers et des potins mondains.

 
Quotidien parisien, il est aussi lu sur le front. On sait que la Presse est avec le courrier, l'une des rares sources d'information des poilus qui sont le plus souvent privés de nouvelles, le commandement observant généralement le silence sur les opérations militaires. C'est un lien précieux avec " l'arrière

L'exemplaire ci-contre présente ainsi la rare particularité de porter un timbre et un cachet de Meurthe et Moselle .

Les illustrations sont de qualité médiocre,souvent retouchées et desservies par un papier qui ne vaut guère mieux. Les documents que nous proposons proviennent de la Une, de la double page centrale ou de la dernière page. Plus que la photo elle même,c'est la teneur de la légende qui mérite sans doute un examen attentif. Pour les "Unes" présentées, quelle légende vous vient à l'esprit ? Comparez avec le discours du préposé à la prose cocardière ...

Ici sous le titre " Un tableau de la Guerre" , on apprendra que " l'obus est parfois un admirable metteur en scène. S'il ravage aveuglément toujours, il advient que dans sa brutalité , il "compose le motif", comme pourrait le faire un grand artiste. Cette fois, il travailla en maître, ajourant dans ce mur une brèche propice à ménager une découverte sur le château qui s'y encadre à merveille.L'heureuse opposition de l'ombre et de la lumière ajoute une nouvelle note de pittoresque à ce triste tableau."

On appréciera...

Là ,on ne peut que souscrire à cette évidence :" Il est déjà fort louable de faire des prisonniers, et nos soldats n'ont jamais négligé ce "chapitre spécial de la guerre". Mais où la capture d'un bon lot d'ennemis devient extrêmement intéressante, c'est -comme dans le cas présent - lorsque, avec les hommes, on glane des engins de combat."

 

 

" Le Compliment de la petite Alsacienne ; Il restera inoubliable pour celle qui le prononça et pour le général français qui se l'entendit réciter. C'était dans un village " à la Hansi" ; les coiffures aux ailes noires - pas pour longtemps- faisaient cercle autour du chef et des officiers. la petite voix, émue, mais si tendre, prononçait:" Oui, mon général, vive la France! de tout notre coeur!..." Et un coq chantait quelque part, de l'autre côté de la route, vers l'Est."
Voici encore un document édifiant qui suggère la solidité des combattants et donc du front .

L'Excelsior fait une large place Fin Janvier 1915 aux raids de Zeppelins sur la capitale. Il est aux premières loges pour dépêcher des journalistes sur les lieux où les bombes sont tombées. Il s'applique certes à dédramatiser le risque que représente le dirigeable ( version officielle ?) mais donne le détail des victimes immeuble par immeuble. Il prétend s'abstenir d'indiquer par prudence les points d'impact ."Comme hier nous nous abstenons d'indiquer la situation topographique des points touchés par les projectiles" , sauf que dans le même n° on apprend à la page 5 : "On découvre de nouvelles victimes : Dans la soirée, à la suite des recherches qui ont été faites 86 rue de Ménilmontant par les sapeurs pompiers et les travailleurs civils, on a découvert les cadavres des époux Filament." En fait cet entrefilet de dernière heure a donc bien échappé à la vigilance de la Censure.

 

Autre exemple d'intervention de la Censure :les blancs révélateurs.Les journaux doivent envoyer chaque nuit leurs morasses à la Censure afin d'obtenir le visa qui en autorise la parution au prix le plus souvent de suppressions "formelles". Comme il n'est pas question de refaire la page complète, on n'enlève que les mots concernés par l'interdiction.

C'est le cas dans ces nouvelles brèves: saisie du Bonnet rouge, qui est régulièrement dans le colimateur des censeurs Son rédacteur Almeyreda est suspect de "pacifisme" voire de "défaitisme" .Le Bonnet Rouge publie d'ordinaire en première page le papier subversif de "Monsieur Badin" -en fait Duval - soupçonné d'intelligence avec l'ennemi .( Source :Marcel Berger Et Paul Allard : les secrets de la censure pendant la guerre,1932, pages 196 à 205 )

Les autres nouvelles donnent une idée des préoccupations du moment.

Extrait de la page centrale du n° du 1er Février 1916. "Le Fokker en plein vol " . Comme la plupart des péridiques de l'époque, Excelsior fait une place significative à la nouvelle Arme. L'un de ses collaborateurs Jacques Mortane est d'ailleurs un expert reconnu..

 

Voici par exemple son article du 2 septembre 1915 sur le bombardement et le combat aérien de nuit qui malgré quelques invraisemblances et l'emphase de la conclusion jette les bases d'un aspect encore expérimental de la tactique aérienne.
Si Excelsior publie occasionnellement des dessins et caricatures empruntés pour la plupart à la presse étrangère il ne semble pas disposer d'un dessinateur "maison". Nous ne retiendrons dans un lot d'une vingtaine de journaux de 1915-1916 que ce dessin humoristique de Rob.Duhamel fidèle à la tradition du calembour ...
...cette vignette signée Zislin ...
... et ce dessin de Benjamin Rabier qui s'essaie ici à un exercice peu habituel.
Si l'on compare Excelsior avec d'autres quotidiens contemporains comme le Journal ou Le Petit Parisien, on peut estimer qu'il a innové avec son format réduit et la présence de nombreuses photos. La révélation de Marcel Berger dans "les Secrets de la La Censure pendant la Guerre ( page 122 )" sur un "échoppage de La Croix" du à une protestation "contre les dispositions nouvelles qui règlent le format et le nombre de pages des journaux quotidiens" , dispositions qui aboutissent à faire une situation en or à Excelsior -Jean Dupuy " semble bien confirmer cette impression.