Almanach du Pélerin 1917
Un interessant dosage d'austérité et d' humour ...
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Vendu 50 centimes, l'Almanach du Pélerin " se trouve aux bureaux de la Maison de la Bonne Presse et dans les principales librairies catholiques ". Malgré la médiocre qualité de sa présentation ,ce livret de 98 pages mérite une attention particulière.

Outre l'éphéméride de 1917, les tableaux des grandes marées, les eclipses , cet almanach publie de nombreux textes illustrés et propose une iconographie d'inspiration religieuse et patriotique .Avec le recul ,beaucoup d'articles et de dessins prêtent à sourire , tant l'exagération et la mauvaise foi sont manifestes.

Luc Megret reprend par exemple le thème controversé de la brutalité prussienne,des exactions sur la population civile ...

 

 

 

mais ajoute une touche humoristique bien franchouillarde dans ce croquis qui prouve qu'on ne manque évidemment de rien dans l'Hexagone...
Henriot , décidément infatigable , signe un texte illustré de ses vignettes habituelles , les récits invraisemblables d'un poilu blessé , Galéja , un méridional comme vous l'avez sans doute deviné.Avec le choix de ce nom ,Henriot avoue implicitement qu'il s'agit bien de "galéjades" . En tous cas, l'aventure de ce Robinson des tranchées -caché dans une grotte- ne manque pas de pittoresque.
L'almanach fourmille de blagues , de mots "d'esprit" , de pseudo anecdotes et de calembours .Jugez en :
Quelques statistiques - à vérifier - pour se faire une idée de l'occupation de la population masculine pendant le conflit.
Mais les embusqués sont particulièrement visés :

 

C'est avec le plus grand sérieux que l'article -illustré par H.Grand Aigle - sur "les bêtes et la guerre" nous rapporte des anecdotes suspectes qui témoignent de l'intelligence d'animaux patriotes , eux aussi les victimes du "Boche".

Le chien téléphoniste: Quoiqu'il s'appelle Turc, il est bien intelligent et bien français.La nuit il emporte dans sa gueule un petit téléphone dont le fil reste au poste d'écoute.Il va aussi loin qu'il peut vers l'ennemi.Et dans l'ombre propice, il s'installe. Dès qu'il voit remuer ou s'avancer quelque chose, il "murmure" si l'on peut dire, cinq petits aboiements étouffés. Chez nous on l'entend, on comprend.Il ramasse son téléphone et en rasant le sol, il revient.Quand les Boches se présentent à nous,ils sont reçus comme il faut.

Je ne sais pas si je suis aveuglé par l'amour-propre national. Mais je veux par une anecdote parfaitement authentique terminer mes éloges en l'honneur de nos bêtes françaises.C'est tout simplement d'une vache qu'il s'agit. Elle s'appelait Fanchette... Elle remplissait avec tact parfait le rôle de parlementaire entre une tranchée allemande et une tranchée française...
Quant à l'oie, c'est en admirant son allure et da démarche, que le Kaiser,qui , ce jour là, eut du génie,inventa pour ses troupes le pas de parade.On sait que ce fameux pas consiste tout bonnement à marcher les jambes raidies, en levant les pieds aussi haut que possible.Peut-être ne suis-je pas très impartial en la circonstance, mais il me semble que nos bêtes françaises ont un peu plus d'esprit que cette oie de Prusse...

A la suite du Barbare apparaissent d'ailleurs tous les collaborateurs de destruction : le corbeau, le loup, le vautour, le requin, les rats.Après les batailles de la Marne, nous vîmes le ciel obscurci par d'épaisses nuées de corbeaux.Ce n'était pas la corneille familière de nos clochers villageois, mais le grand corbeau d'Europe qui vit d'ordinaire dans des solitudes impénétrables.Celui-là, le même qu'ont célébré les bardes scandinaves, est le rapace par excellence.La guerre a fait sortir des profondes forêts et des marécages inexplorés de la Podolie et de l'Ukraine , les loups noirs qui viennent achever les blessés et dévorer les trainards...

L'océan lui-même fournit ses victimes.les torpilles et les mines du Boche ont détruit, pour des années peut-être, les poissons des mers du Nord...

Voir aussi la page consacrée au Pélerin.